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Lettre de Leny au Père Noël

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Tous ceux qui l’on connu sont unanimes : Leny Escudero était l’homme de la révolte avec les mots. Et cette révolte était tangible autant dans ses chansons que dans des écrits moins connus.

Si vous l’avez croisé dans les rues de Vernon ou Giverny, vous savez que Leny était aussi un homme sincère, humble et généreux. Avec toutes ces qualités, qui mieux que lui pour écrire une lettre au Père Noël. Une lettre, qu’on apprécie même si, cette année encore, le Père Noël ne la lira pas.

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Cette année encore, Père Noël, tu ne liras pas ma lettre. Tu ne la liras pas parce que tu te méfies de moi. Depuis toujours. Déjà quand j’étais tout petit, les lettres que je t’adressais par l’intermédiaire de mes parents me revenaient avec la mention :  » Erreur d’attribution. Ne concerne pas le Père Noel. » C’est vrai qu’à cette époque-là c’était la guerre d’Espagne , et que les lettres d’un petit garçon de six ans ne te demandant pas des jouets mais un peu plus de justice devaient te mettre mal à l’aise.

Toi, Père Noël, tu règnes sur le monde des enfants, pas sur celui des adultes, et pourtant ces adultes, tu les as connu enfants. Qu’a-t-on bien pu leur apprendre, à tes enfants, que tu n’aies pas pu empêcher qu’ils deviennent ce qu’ils sont devenus? Et ce qu’ils sont devenus, faut-il que cela te gêne pour que tu les renies aujourd’hui?

Comme une espèce de complicité gênante… Comme cela au long des années j’ai continué d’avoir avec toi une correspondance à sens unique. Tu ne répondais jamais. C’est mon instituteur qui pendant des années me rapporta mes lettres sans réponse.

En me les donnant il avait dans l’œil un frémissement de menace contenue : » Vous ne respectez pas la règle du jeu, mon garçon. » me disait il. Je ne connaissais pas les règles, je les subissais. Quant au jeu, je le trouvais sinistre.
Je n’étais pas puni pour cela, non, c’était Noël, comprenez-vous, une merveilleuse occasion d’être bon, d’être tolérant, une journée dans l’année. Je gâchais ton plaisir, Père Noel.

Il faut dire que c’était pendant la guerre de 1939 à 1945. Depuis je suis devenu grand, alors je n’ai plus d’excuse à toujours demander « pourquoi? ». Personne ne me rapporte mes lettres maintenant. Je suppose, Père Noël, que tu les ranges dans un coin oublié de ta hotte avec les irrécupérables. C’est vrai, Père Noël, je te refuse. Je te refuse parce que je refuse que l’on marque d’une pierre blanche la seule journée de l’année où la règle est de s’aimer les uns les autres.

Père Noël, tu as rendu l’amour et la tendresse exceptionnels, et cela je ne puis l’accepter. Viens parmi nous tous les jours de l’année, je serai des tiens. Et si cela t’est difficile, sache qu’il y a des millions d’humains qui se battent pour le droit au bonheur quotidien.

Cette année encore, Père Noël, tu ne liras pas ma lettre.

 

Leny Escudero
L’Arbre de vie, tome 2

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